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22 janvier 2010 5 22 /01 /janvier /2010 10:14

6a00d83451e87669e201156f1cd90b970c-800wi.jpgSi les sites de musique en ligne ne gagnent pas encore d'argent, ils attirent déjà les convoitises. Artistes, éditeurs et producteurs n'en doutent pas : les revenus de la musique en ligne – streaming et téléchargement – représenteront bientôt une source essentielle de leurs revenus. Alors ils se battent déjà pour en obtenir la plus grosse part. Pour l'instant, le match a clairement tourné à l'avantage des producteurs.

Sur les neufs premiers mois de 2009, ceux-ci ont ainsi perçu près de 7 millions d'euros grâce au streaming, selon les chiffres du Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP). C'est presque trois fois plus que l'année précédente, même si ce montant reste quatre fois inférieur à celui généré par le téléchargement légal, proposé notamment par Apple sur sa plate-forme iTunes.

A la suite de longues négociations – il a fallu près de deux ans à Deezer et Spotify pour obtenir l'ensemble des catalogues –, les sites de streaming ont accepté de leur reverser 40 à 60 % de leurs revenus publicitaires, en plus d'un minimum garanti. "Ce minimum est nécessaire pour s'assurer du sérieux des plates-formes", justifie David El-Sayegh, le président du Syndicat national de l'édition phonographique (SNEP), qui regroupe les principaux producteurs français. "Il n'est par ailleurs pas abusif, tous les sites le dépassent déjà avec le niveau actuel de recettes publicitaires."

Sur les récentes offres d'abonnement premium, les producteurs ont également obtenu six euros sur les dix déboursés par les internautes sur Deezer, par exemple. Difficile d'évaluer précisément les revenus ainsi générés pour l'instant : les plates-formes refusent de communiquer le nombre de leurs abonnés. Le patron de Spotify confiait toutefois en septembre que moins de 10 % des utilisateurs du site s'étaient abonnés, soit moins de 600 000 personnes. Chez Deezer, on assure avoir recruté "quelques dizaines de milliers d'abonnés" depuis le lancement de l'offre en octobre.


DES RÉMUNÉRATIONS DÉCEVANTES POUR LES ARTISTES

En plus de cette rémunération aux majors, les sites doivent reverser en France une partie de leur chiffre d'affaires à la Sacem, qui gère les droits des auteurs. Selon les tarifs affichés sur son site, la Sacem réclame 8 % du chiffre d'affaires, ce qui représenterait un montant moyen de 0,007 euro par écoute. Elle redistribue ensuite ce montant entre auteurs, compositeurs et éditeurs, ces derniers étant souvent aussi les mêmes grandes majors.

A l'arrivée, les artistes se considèrent très largement floués. "En fonction de son contrat avec les majors, un interprète touche en moyenne 0,001 euro par écoute" assure Bruno Boutleux, directeur général de l'Adami, qui gère les droits des artistes-interprètes. "Nous n'avons récupéré grâce au numérique que 15 % des 245 millions d'euros de droits perçus en moins entre 2002 et 2008", critique Laurent Petitgirard, président de la Sacem jusqu'en juin 2009, selon qui "presque 90 % des droits perçus sur le streaming vont dans la poche des maisons de disque". Le streaming a pour l'instant calqué son modèle sur celui du disque. Ce sont les producteurs qui touchent les revenus et qui les reversent ensuite à leurs interprètes, en fonction de leur contrat.

Dans leur fronde contre les producteurs, les artistes se sont trouvés récemment une alliée de taille : la commission Zelnik sur le financement de la création à l'heure d'Internet. Dans le rapport qu'elle a rendu mercredi 6 janvier au ministre de la culture, elle critique vertement les producteurs : "Les schémas jusqu'alors utilisés (…) ont échoué à faire émerger des éditeurs de services suffisamment solides, à l'exception d'Apple (iTunes) qui a disposé, face [aux grandes maisons de disque], d'arguments économiques et financiers suffisamment forts pour imposer sa propre règle du jeu." Selon la commission, les exigences des producteurs mettent en péril l'existence même des sites de streaming.


NICOLAS SARKOZY DONNE UN AN AUX PRODUCTEURS

Tout cela avant de faire une proposition passée un peu inaperçue à côté de la taxe Google mais qui n'en est pas moins explosive : instaurer la gestion collective pour le streaming et le téléchargement. En clair, copier le modèle actuellement en vigueur pour la diffusion de la musique dans les espaces publics. Inutile de négocier avec chaque major pour diffuser son catalogue, il suffit de reverser les droits à une société de gestion collective qui s'occupe ensuite de leur répartition. Les sociétés de gestion des droits des artistes se réjouissent d'une solution qui leur permettrait de contrôler exactement les revenus générés par le streaming et d'en percevoir une plus grande part, à l'image des droits payés par la radio aujourd'hui.

Avantage pour les sites de streaming, ceux-ci n'auraient ainsi plus qu'un seul interlocuteur et les tarifs seraient les mêmes pour tous. Mais cette proposition ne soulève chez eux qu'un enthousiasme modéré. "La gestion collective peut simplifier les choses, mais pour gagner de l'argent nous comptons surtout sur l'augmentation de l'offre", assure Jonathan Benassaya, cofondateur de Deezer, qui dit "attendre beaucoup plus de l'entrée en vigueur d'Hadopi, qui poussera les internautes vers les offres légales". "Nous sommes implantés dans des dizaines de pays, je ne suis pas sûre que ce soit plus simple de négocier avec des sociétés différentes dans chacun d'entre eux que d'obtenir des accords mondiaux avec chaque major", s'inquiète Aninna Svensson, responsable France de Spotify.

Pour les producteurs, la gestion collective fait figure d'épouvantail. "La gestion collective ça marche pour la radio qui donne envie ensuite d'acheter un album. Mais qui ira acheter un CD parce qu'il l'a d'abord entendu sur un site ? Personne !", assure David El-Sayegh. "Il est donc normal que nous appliquions des conditions similaires à celles du marché du disque. […] En plus, la gestion collective dégrade votre répertoire. Vous ne pouvez pas contrôler où il est diffusé. Elle est en plus impossible à appliquer et ne rapporte pas tant aux artistes", tranche-t-il. Sur le site Electronlibre.info, il s'en prend même directement aux auteurs du rapport Zelnik. Selon lui, la "description de la gestion des droits en ligne est truffée d'erreurs" et Patrick Zelnik profite de ce rapport "pour tacler ses concurrents directs".


RUDE BATAILLE SUR LA GESTION DES DROITS

Une réaction épidermique qui montre que les producteurs sont sur la défensive. Lors de ses vœux au monde de la culture, Nicolas Sarkozy leur a donné un délai d'un an pour négocier "les droits et 'libérer' les fichiers musicaux sur toutes les plates-formes. Faute de le faire, la négociation des droits relèverait par la loi de la gestion collective obligatoire par l'entremise des sociétés civiles", a-t-il ensuite menacé, en lâchant : "Je sais que cette mesure ne fera pas plaisir aux producteurs."

Reste un constat. Même si le développement des offres payantes et la gestion collective permettent un jour au streaming de trouver son modèle économique, peu de monde se risque à avancer qu'il pourra à lui seul financer la création. "Le modèle peut être rentable, mais il génère peu de chiffre d'affaires et de marges" assurait ainsi Jonathan Benassaya aux Echos. "Il ne sera jamais assez rémunérateur pour les artistes" estime de son côté Laurent Petitgirard, en réclamant une taxe sur les fournisseurs d'accès à Internet.

Finalement, seuls les producteurs veulent y croire. "Jonathan Benassaya parle de 2,5 euros de recettes publicitaires par utilisateur, mais c'est dans les conditions actuelles. Avec son audience grandissante, nous sommes sûrs qu'ils peuvent faire plus et vendre mieux", calcule David El-Sayegh. "Les producteurs doivent arrêter d'espérer que le streaming atteigne les niveaux de rémunération du disque et adapter leur modèle économique. Les coûts de marketing et de fabrication deviennent dérisoires sur nos plates-formes", rétorque le patron de Deezer. Son site va organiser dans les prochaines semaines un prix pour les musiciens "émergents", avec comme partenaire l'Adami. Dans la rude bataille sur la gestion des droits qui commence, un tel partenariat – qui laisse de côté les producteurs – n'a rien d'anodin.

 

 

Jean-Baptiste Chastand

 LEMONDE.FR | 21.01.10 | 13h21  •  Mis à jour le 21.01.10 | 15h53

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