Depuis la rentrée 2009-2010, un projet centré sur le cinéma a été mis en place. Ce dispositif est intitulé "Passion Cinéma". Cette rubrique rend compte des activités (ateliers, interventions de professionnels, projections de films ...) des élèves.
Le Petit Fugitif de Morris Engel, Ruth Orkin et Ray Ashley avec
Richie Andrusco, Richard Brewster… 1 h 20.
«Le Petit
Fugitif» enfin rattrapé
Critique
Poney. Cinquante-six ans après sa sortie, reprise de ce film touchant, bijou du cinéma réaliste américain.
Par GÉRARD LEFORT
Dans les limbes du cinéma américain baguenaude une théorie de petits garçons plus connus sous le nom de leur personnage que par leur état civil, tant leur figure est à chaque occurrence synonyme d’un chef-d’œuvre. Le Kid de Chaplin, Little John dans la Nuit du chasseur de Charles Laughton, John dans les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang, voire the boy dans Louisiana Story de Flaherty. Désormais, il faut ajouter à cette farandole Joey, le jeune héros du Petit Fugitif, dont la ressortie, cinquante-six ans après sa réalisation, peut raisonnablement être qualifiée d’événement.
En son temps, ce film devenu discret ne passa pas inaperçu : un lion d’argent au festival de Venise et la critique française (dont Bazin dans les Cahiers) en émoi. Ultérieurement, Truffaut déclara même que sans le Petit Fugitif, ni les 400 Coups ni A bout de souffle n’auraient existé. Tourné dans les rues de Brooklyn et dans le parc de loisirs de Coney Island avec une caméra de poche inventée pour la circonstance, récit d’une fugue de vingt-quatre heures d’un gamin de 7 ans croyant avoir accidentellement zigouillé son frère aîné, le Petit Fugitif est une date dans l’histoire du cinéma «réaliste» de l’après-guerre. A ce titre, un film d’époque, qui apprend qu’en plein boom hollywoodien on pouvait filmer autrement, en noir et blanc, avec du matériel léger, une toute petite équipe d’amis amateurs et un budget plus que domestique. De quoi donner l’envie d’en faire autant. On a l’impression de voir du Berenice Abbott en mouvement ou du Weegee qui bouge. Et pour cause. Deux des trois coréalisateurs du film ont été formés à l’école du photoreportage dans la rue : Morris Engel suivit les cours d’Abbott à la prestigieuse Photo League et Ruth Orkin était déjà une photographe réputée.
Mais leurs innovations rétrospectivement «révolutionnaires» sont mineures en regard du manifeste, indatable et intempestif, que le Petit Fugitif nous lance. Pour vingt-quatre heures, Joey est l’enfance de l’art incarnée. Inventant pas à pas son paradis de barbe à papa et de tours de poney dans le décor d’un bien nommé parc d’attractions, bricolant in situ son autogestion (trafic de bouteilles de Coca consignées), fomentant même une libido de Martien sur cette plage-planète de Coney Island où les Terriens se livrent à une sorte de sexualité de groupe, en maillots de bain moulants et ice-cream dégoulinants. Vivre sa vie, en rébellion contre le scénario fatal de son existence : quel Joey-programme !
À Brooklyn dans les années cinquante, la mère de Lennie lui confie la garde de son petit frère Joey, âgé de sept
ans, car elle doit se rendre au chevet de la grand-mère, malade. Lennie avait prévu de passer le week-end avec ses amis. Irrité de devoir emmener son petit frère partout avec lui, il décide de
lui jouer un tour en simulant un accident de carabine sur un terrain vague. Persuadé d’avoir causé la mort de son frère, Joey s’enfuit à Coney Island, immense plage new-yorkaise dédiée aux
manèges et à l’amusement. Il va passer une journée et une nuit d’errance au milieu de la foule et des attractions foraines…
Extraits du
film.
A lire:
Cine Club de Caen.
Photographie
Contemporaine et arts de
l'image.
Affiche du film:
